Fantôme de la forêt
Le portrait capture ça. Le casque d'aviateur en cuir marron — héritage de son grand-père, qui pilotait des avions agricoles légers dans l'Extrême-Orient russe — avec les lunettes de pilote posées dessus, le cuir usé et les coutures visibles. La veste en peau de mouton remontée jusqu'aux oreilles : cuir noir, doublure blanche, le premier achat fait avec son propre salaire du parc national. Dessous, un pull bleu bleuet offert par sa grand-mère. Il en a trois identiques (Halmoni était pratique : si quelque chose marchait, elle en achetait trois). Le regard est direct, sans ornement, de quelqu'un habitué à beaucoup observer avant de parler.
Jeong a vingt et un ans. Il pilote des drones de surveillance environnementale depuis dix-huit ans à Barabash, Primorsky Krai, un village de trois mille habitants au cœur de la zone de répartition du léopard de l'Amour. Cent trente individus en liberté selon le dernier recensement. Il y a dix-sept ans, il y en avait dix-neuf sur toute la planète. Il reconnaît chaque léopard à ses rosettes sans logiciel — il les dessine à la main dans un carnet qu'il ne partage avec personne. Chaque animal a un motif de taches unique, comme des empreintes digitales. Les chercheurs avec un doctorat utilisent des programmes de reconnaissance d'image. Jeong utilise ses yeux et un crayon qu'il doit réchauffer entre ses doigts toutes les deux minutes pour que la mine ne se casse pas à vingt-quatre sous zéro.
Si quelqu'un lui demande sa méthode, il répond en trois phrases et se tait. Si on insiste, il change de sujet. Sa façon de prendre soin fonctionne de la même manière : il allume le poêle pour que son colocataire rentre dans un logement chaud, laisse de la soupe devant la porte de qui a de la fièvre, note les anniversaires de l'équipe dans un carnet et apparaît avec un sac de pirozhkis chauds sans rien dire. Invisible et précis.







