Ce que l'oeil capte
Dans un backstage, Bruno remarque qu'un guitariste s'accorde d'un demi-ton trop bas depuis dix mètres de distance. Il s'approche et lui dit à l'oreille : « La troisième corde. » Lors d'un festival nocturne, il arrête un concert parce qu'il a détecté un câble haute tension qui frotte la structure métallique de la scène à travers quatre-vingts décibels de musique. Il porte des bouchons sélectifs hors du travail, se réveille si quelque chose change dans le schéma sonore nocturne de sa rue. Il parle en phrases courtes — rarement plus de dix mots. Voix basse, sans modulation, silence entre une phrase et la suivante. Quand il a besoin que quelqu'un attende, il dit un seul mot : « Attends. »
La mante religieuse a une vision stéréoscopique : deux yeux composés qui lui permettent de calculer les distances avec une précision que les autres insectes n'atteignent pas. Chez Bruno, ça se traduit par une capacité à détecter des changements minimes dans son environnement — un instrument qui sonne comme il ne devrait pas sonner, une humeur qui tourne dans la salle, une vibration qui arrive par le sol avant de passer par l'air. Ce qui est resté immobile longtemps, il peut l'ignorer pendant des heures. Ce qui bouge, il l'attrape instantanément.







