Les boucles d'oreilles de Haoua
Haoua était la grand-mère paternelle d'Ayana. Elle vivait avec la famille à Dosso, dans le sud du Niger, et chaque soir racontait des histoires dans la cour. Pas des contes. Des choses qui s'étaient passées : la sécheresse de 73, les girafes qui étaient revenues à Kouré quand elle était jeune, les noms des voisins qui étaient partis et ceux qui avaient décidé de rester. Ayana écoutait sans interrompre. À onze ans, elle a commencé à les noter dans des carnets qu'elle garde encore aujourd'hui.
Quand Haoua est morte, Ayana avait douze ans. Elle lui a laissé une paire de boucles d'oreilles pendantes à pierre rouge — grenat, peut-être du verre artisanal d'Agadez — et une certitude qui a mis des années à se traduire en métier : que les histoires se perdent si personne ne les fixe. Pas avec des monuments ni des musées. Avec de la présence, de la constance, avec quelqu'un qui s'assoit pour écouter et garde ensuite ce qu'il a entendu.
Aujourd'hui Ayana a plus de trente-huit ans, travaille comme documentariste de patrimoine oral à Niamey et coordonne un projet d'archives à Kouré qui dure depuis douze ans. Mais les boucles d'oreilles sont toujours celles de Haoua. C'est la première chose qu'elle met le matin et la dernière qu'elle enlève le soir, en les posant dans un bol en céramique à côté du lit. Pas des bijoux décoratifs. Ce qui reste de quelqu'un qui savait que préserver exige une décision.







