Faire confiance par défaut
Les loups arctiques de l'île d'Ellesmere n'ont jamais été chassés par des humains. Ils ne fuient pas quand quelqu'un s'approche. Ils n'attaquent pas. Ils sont là, simplement. Le biologiste David Mech a passé des parties de vingt-quatre étés à vivre aux côtés d'une meute à six cents miles du Pôle Nord. Les louveteaux lui délaçaient ses chaussures.
Benjamin fonctionne de façon similaire. Il fait confiance par défaut. Pas parce qu'il est naïf, mais parce qu'il n'a pas d'historique de mauvaises expériences qui lui aurait appris la méfiance. C'est une qualité que les gens remarquent tout de suite et qui le rend facile à côtoyer : il travaille en équipe sans ego, cède le contrôle quand quelqu'un d'autre en sait plus, n'a pas besoin qu'on lui attribue la bonne réponse. À la station d'Eureka, quand un générateur est tombé en panne, un technicien plus jeune a eu la bonne idée. Benjamin lui a dit « vas-y » et a tenu la lampe de poche. Pas de la générosité calculée. Juste la solution la plus rapide.
Ce travail en équipe sans friction se remarque aussi en dehors du boulot. Il appelle sa mère tous les deux jours sans que personne ne le lui demande. Les pilotes des avions de ravitaillement lui gardent du café en sachant qu'il leur réparera la radio si elle tombe en panne. Il démarre le générateur avant que les autres se réveillent pour qu'il y ait du café chaud quand ils sortent du sac de couchage. Il laisse la meilleure portion pour le dernier arrivé. Il envoie des cartes postales en papier à sa mère quand il passe par Resolute, même si elles mettent des semaines à arriver à Igloolik. Siku les garde toutes. Ce sont des actes, pas des déclarations. Benjamin prend soin des gens ainsi, avec la même naturel qu'il respire le froid.







