Limer avant de lire
César a appris à limer le métal avant d'apprendre à lire. À cinq ou six ans — il ne se souvient pas de l'âge exact — il s'asseyait déjà sur un tabouret trop haut dans l'atelier de son père à George Town, à regarder comment les limailles d'argent tombaient au sol en formant une fine poussière qu'il n'avait pas le droit de balayer parce qu'il pouvait se couper. À neuf ans, on lui laissa toucher les gros outils. À cet âge, il distinguait déjà l'or à 916 de celui à 750 rien qu'à la couleur — une nuance que la plupart des adultes ne perçoivent même pas avec une loupe.
Ces grandes mains aux doigts agiles qu'il a aujourd'hui étaient autrefois de petites mains qui ont appris le poids d'un marteau à panne ronde, la pression juste pour qu'un chalumeau fonde sans brûler, la patience de répéter un maillon vingt fois jusqu'à ce qu'il sorte propre. Personne ne lui a enseigné avec une méthode : c'était regarder, essayer, se tromper et recommencer. La précision qu'il a maintenant n'a pas commencé dans une salle de classe ni dans un livre. Elle a commencé sur le sol d'un atelier qui sentait le borax et le café.
Il y a des enfants qui veulent des instructions avant de toucher quelque chose. César était de l'autre type. Enfin, pas de l'autre type — du type qui est déjà en train de toucher pendant qu'on lui explique. À quinze ans, sans établi, sans banc de bijoutier ni loupe correcte, il a fondu un lingot de cent vingt grammes d'or sur le sol de sa chambre avec un chalumeau de camping et une brique réfractaire. Trois mois d'erreurs. Des brûlures sur les doigts. Le résultat fut une chaîne à maillons plats qu'il porte au cou depuis lors — la première pièce qu'il a terminée, faite avec le dernier or que son père avait laissé.







