Rose contre gris
La casquette a été la première chose qu'elle a achetée avec son premier salaire de sauveteur. Elle avait dix-huit ans, certification Surf Lifeguard fraîchement obtenue et un studio au-dessus de la quincaillerie de la rue Liverpool à Port Lincoln, en Australie-Méridionale. Elle aurait pu acheter une visière technique, une casquette de patrouille, quelque chose de fonctionnel en bleu marine ou en noir. Elle a essayé une noire en magasin. Ça ne marchait pas. Elle a acheté une casquette rose bonbon. Elle l'a changée trois fois depuis lors — elles s'usent avec le sel et le soleil — mais toujours rose. Toujours ce rose-là.
Le top en maille est rose aussi. Et la bomber est jaune avec des graffitis : un ami d'Adelaide, artiste, la lui a customisée avec des tags que seuls eux deux comprennent. C'est une pièce unique, impossible à reproduire, qu'elle emporte partout comme coupe-vent fonctionnel et comme rappel d'un lien qui n'a pas besoin d'être expliqué. La visière courbée, le rose bonbon, les tags illisibles : rien de ce que porte Lowanna n'est là par hasard.
Toute cette palette — rose, jaune, multicolore contre le gris de sa peau — est un choix délibéré. Les grands requins blancs sont synonymes de gris et de peur dans l'imaginaire collectif. Lowanna a choisi la couleur. Le jaune de la veste est exactement le même ton que les drapeaux de mise en garde sur les plages australiennes. Ce n'est pas une coïncidence non plus.







